
Société Générale poursuit sa cure d’austérité dans l’IT. Le groupe bancaire français entend réduire encore significativement ses dépenses technologiques et ses dépenses de conseil externe, dans le cadre d’un effort global d’optimisation de sa structure de coûts. Dans une interview accordée au Financial Times, Slawomir Krupa, directeur général de Société Générale depuis 2023, a réaffirmé sa volonté de transformer en profondeur le modèle opérationnel de la banque. « Rien n’est sacré », a-t-il déclaré, illustrant une approche rigoureuse de revue budgétaire. Toutes les lignes de dépense sont concernées, sans exception, y compris les budgets informatiques et les prestations externes. Dès sa prise de fonctions, Krupa avait pointé le retard d’efficacité de Société Générale par rapport à ses concurrents. La banque affiche actuellement un ratio coûts/revenus de 69 %, en amélioration de 5 points sur un an, mais reste au-dessus de la moyenne du secteur. L’objectif affiché est ambitieux : atteindre un ratio de 60 % d’ici 2026.
Une stratégie IT recentrée et rationalisée
L’IT est au cœur de cette transformation. La banque prévoit une réduction de 600 millions d’euros de ses dépenses technologiques annuelles d’ici 2026, sur la base d’un budget qui s’élevait à 4,7 milliards d’euros en 2022. Cela représente une baisse d’environ 13 % sur quatre ans.
Cette réduction repose sur plusieurs leviers stratégiques : mise en place de plateformes mutualisées à l’échelle du groupe, rationalisation des applications, et migration vers le cloud, privé ou public, pour héberger 75 % du portefeuille applicatif. L’objectif est de renforcer la réutilisabilité, de limiter la complexité et de gagner en agilité.
Moins de consultants, plus d’autonomie interne
Autre cible de cette politique d’économies : les prestations de conseil. En 2024, Société Générale a dépensé 1,25 milliard d’euros en services de conseil, un montant en baisse par rapport aux 1,32 milliard de l’année précédente. Mais pour Slawomir Krupa, ce n’est pas suffisant.
« Pour réduire la complexité, nous n’avons pas besoin de davantage de consultants, mais de moins de consultants », a-t-il estimé. Il prône un retour à l’expertise interne, considérant que des solutions conçues en interne seraient souvent plus simples et plus efficaces que celles produites par des cabinets externes. Une manière également de favoriser une culture de responsabilité technologique en interne.
Une mutualisation possible à l’échelle du secteur
Au-delà du périmètre de Société Générale, le dirigeant appelle à une réflexion plus large sur l’organisation des systèmes d’information dans le secteur bancaire français. Lors d’un podcast enregistré pour les 160 ans de la banque, il a évoqué l’idée d’une mutualisation des infrastructures IT entre les principales banques du pays.
« Est-ce qu’il est préférable que cinq ou six acteurs différents dépensent chacun 25 milliards d’euros dans la technologie chaque année, chacun de son côté ? Ou bien qu’un acteur technologique spécialisé puisse gérer cela de manière centralisée et plus efficace, pour 15 milliards au lieu de 25 ? », s’interroge-t-il.
Cette vision soulève des questions stratégiques sur la souveraineté technologique, la standardisation des processus IT et la coopération entre acteurs concurrents dans un secteur très réglementé.
Source : CIO